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Expos sauvages
Ski 14/11/2003 Expos sauvages
JR est un artiste de rue. Il photographie des groupes d'individus vivant leur passion en marge de la société, et expose dans la rue pour faire découvrir ses images au plus grand nombre. Récemment, il décide de pénétrer le milieu du ski freestyle...

Si vous étiez au Mondial du Ski, vous avez certainement dû remarquer de nombreuses de photos de ride noir et blanc, sans logo de marque ni but promotionnel, et placardées sur les murs de la station. Vous les avez remarquées, et surtout vous vous êtes demandés : « pourquoi ? ». L'auteur de cette expo sauvage s'appelle JR. Un véritable artiste de rue qui nous explique le principe de sa démarche.
JR en action pendant le Mondial Agoride : Pour commencer, peux-tu nous dire ce que tu veux bien que l'on sache de toi.
JR : Je suis jeune et passionné par la photo (je préfère cela plutôt que le titre de photographe). J'ai grandi entre les immeubles de la banlieue parisienne et les hautes montagnes de Savoie où j'ai passé presque toutes mes vacances.
Je ne tiens pas à ce que l'on en sache davantage sur moi, je préfère m'effacer derrière mon travail photographique.
 
A : Explique-nous un peu le principe de ton art. Les photos de ski dans la rue, et tout ça, raconte.
JR : Le concept est simple : shooter des trucs de fou, et les placarder dans la rue ! Encadrer le tout à la bombe ou au scotch, signer EXPO 2 RUE, et filer sur un autre spot. En plein Paris, tu pourras te balader, tomber sur ces expos "sauvages", et découvrir des ambiances d'ailleurs. Dés que j'ai un nouveau thème, je le fais découvrir dans la rue.

A : Comment es-tu arrivé à la photo ?
JR : Il y a deux ans, j'ai trouvé un appareil de photo au flash surpuissant dans une station de métro. Et voilà !
 
Arnaud Kugener à Zermatt A : Exposer des photos de ski dans la rue, à quoi ça sert ?
JR : La photo, c'est le fond de mon concept. La forme, c'est la rue. C'est la forme la plus expressive pour faire découvrir mes photos. L'Art de rue est un don aux autres qui est perçu différemment selon les personnes, les lieux et le contexte. La photo de ski ne sera pas perçue de la même manière à Paris qu'à Annecy.
 
 
break dance sur les toits A : Quelle différence ou avantage par rapport à une expo traditionnelle ?
JR : Dans la rue, tu touches tout le monde, même ceux qui ne s'intéressent pas à la photographie, et qui n'auraient jamais découvert ton travail si tu n'exposais qu'en galerie. FUCK LES GALERIES D'ART. C'est un concept pourri, sauf quand t'as besoin de sous.
 
 


A : Avant de faire des photos de skieurs, tu as photographié d'autres sujets ?
JR : J'ai commencé par les Graffiteurs Parisiens. Ces types que tu ne vois jamais, qui recouvrent les tunnels de métro quand ce n'est pas les métros eux-mêmes, et qui restent en sectes très fermées (Rol.K, Moze, Jonone, 156...).
Ensuite j'ai connecté avec des breakers underground, des anciens champions du Monde (Karim d'Aktuel Force, Rashdy Family, Rabie, Sofia...) qui ont été partants pour ce projet : danser au dessus de la ville, sur les toits de la capitale, et ce toujours sans autorisation. (KINK Magazine a d'ailleurs couvert le sujet et nous a même imprimé les affiches).
A force de traîner sur les toits, j'ai découvert des inscriptions, des phrases d'amour anonymes : "Tout l'amour que j'ai pour toit"; "Aveugle sans Toit"... Seulement certaines étaient visibles de la rue. J'ai donc décidé de faire une série sur ces inscriptions et de les faire découvrir aux passants dans la rue.
Et puis il y a eu les freestylers...
 
Arnaud Kugener
 
Gigi Couttet A : Alors justement, pourquoi aujourd'hui as-tu choisi de tenter l'expérience avec des skieurs ?
JR : C'est parti comme ça ; un jeudi j'étais sur Paris en train de me faire des toits, Arnaud Kugener était de passage sur la capitale, et je lui ai proposé de monter avec moi sur le toit de notre choix, et ce en toute illégalité comme à l'habitude. Bref, toujours partant pour ce genre de délire, il m'a suivi et nous sommes restés là haut deux bonnes heures au-dessus de Paris. On a bavardé et il m'a proposé de bouger pour faire des photos d'ambiance avec son crew (DKA crew) et d'autres freestylers.
J'ai contacté Rossignol par son intermédiaire pour leur proposer le projet, tout en sachant qu'on était à 4 semaines du Mondial du Ski, et qu'un projet d'expo "en plein air" de leurs freestylers pourrait les intéresser.
Le lendemain j'avais le feu vert, direction Zermatt, en Suisse ! J'avais jamais shooté un rider de ma vie mais ce n'est pas l'envie qui manquait !
 
A : Tu m'as dit que par le passé, tu as été tagueur... De par ton activité d'aujourd'hui, te sens-tu plus proche d'un photographe ou d'un tagueur ?
JR : On m'a surnommé "photograffeur". Je me sens proche du tagueur de par le fait que je tiens à rester anonyme dans toutes mes démarches. Le tagueur travaille son style puis le fait partager dans la rue. Le seul souci c'est que le tag ne s'adresse qu'aux tagueurs ! Alors qu'une photo collée dans la rue s'adresse à tout un chacun et c'est ce qui fait la force de mon concept.

A : Et en ce qui concerne le côté illégal, as-tu déjà rencontré des problèmes avec les forces de l'ordre ?
JR : Il y a un flou juridique sur l'affichage. Tant que ce que tu colles n'est ni à revendication politique ni publicitaire, tu ne risques pas de poursuites judiciaires lourdes. Mais lorsque j'encadre mes photos à la bombe de peinture pour montrer que la démarche n'est pas publicitaire mais purement artistique, les choses changent...
 
 
pendant ce temps, une manif à la Bastille A : Te fixes-tu des limites quand tu exposes dans la rue, notamment par rapport à la dégradation de biens publics ?
JR : Contrairement à de nombreux artistes de rues qui dégradent les biens publics et privés, je recherche surtout des palissades de chantiers ou des murs abandonnés.
Lorsque j'ai exposé aux Deux Alpes avec le Respect Crew de Rossignol, je n'ai collé que sur des panneaux que nous avions nous-mêmes déplacés pour l'occasion, et j'ai collé et les autres affiches avec des cadres au scotch, et non à la bombe de peinture (le seul panneau de signalisation sur lequel j'ai collé et encadré à la peinture était déjà graffé de partout).

A : Quel a été l'accueil des riders par rapport à ton travail ?
JR : Très bon et c'est ce qui m'a encore plus motivé ! On a bien déliré et décidé de monter d'autres projets.
 
A : Pour l'instant, quel a été l'accueil du public ski sur ce que tu fais ?
JR : A la montagne, ça c'est super bien passé. Les gens qui me croisaient dans la rue en train de coller me demandaient des affiches et les riders étaient satisfaits.
A Paris les gens commencent à halluciner, ça change complètement de mes autres séries beaucoup plus urbaines. Il m'en reste encore pas mal à coller. Je compte continuer comme je l'ai fait pour les autres thèmes, voyager toujours plus loin et faire découvrir cet ART 2 RUE (Italie, Espagne, République Tchèque...).

A : Des futurs projets ?
JR : Continuer de photographier ces groupes d'individus qui vivent en marge de la société pour leur passion.
 
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