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Alexis Desolneux
Bmx 16/09/2008 Alexis Desolneux
Alexis nous parle de l'évolution de son riding, du Japon, de sa musique et de bien d'autres choses tout aussi intéressantes...
Le riding d'aujourd'hui et de demain:
Dans une préface d'un dossier pour Soul magazine que tu as rédigé tu sembles avoir hâte de voir comment va évoluer le flat dans les prochaines années. Etant toi même acteur de l'évolution de ce sport, dans quelle(s) direction(s) penses-tu te diriger?
Ce qui m'intéresse depuis déjà pas mal d'années, en gros une dizaine (ce qui correspond au moment où les freins sont tombés de mon vélo), c'est d'augmenter ma mobilité d'une manière générale, autant dans l'espace que j'occupe en roulant que moi-même par rapport au vélo. C'est devenu une constante dans ma façon de voir le riding, j'essaye d'apprendre un maximum de techniques et de positions sur le vélo pour libérer le mouvement le plus possible... Évidemment c'est utopique mais c'est pour ça que je fais encore du flat aujourd'hui. C'est aussi pour cette raison qu'il y a des whiplashes de toutes sortes dans mon riding aujourd'hui car pour moi c'est une base extraordinaire en terme de mobilité, une des plus intéressantes à mes yeux. Certaines variations me paraissaient inaccessibles il y a encore quelques temps et en réalité j'apprends encore aujourd'hui ce qui va me permettre (je l'espère) d'atteindre ma mobilité de demain. Les idées sont là, certaines même depuis un moment, mais il me manque encore la technique pour y arriver donc je bosse... Heureusement ça avance constamment donc je m'amuse mais je me trouve depuis trois-quatre ans plongé dans un cycle qui sera je pense encore assez long. C'est comme ça que je fonctionne, j'envisage une évolution de mon mouvement et le reste n'est que du practice. Parfois le practice révèle des surprises qui viennent nourrir ma réflexion ou ma vision et c'est ce qui rend le truc encore plus passionnant et excitant. Donc pour résumer, les directions dans lesquelles je pense me diriger sont toutes motivées par cette quête de mobilité et de plaisir sur le vélo (car plus de liberté de mouvement). À un moment, j'ai essayé d'adapter un minimum mon riding au format des contests mais bon... J'aime trop l'expérimentation et les grands espaces, haha!! Vive le flatland libre.
 
Lors d'une conversation que nous avons eu avec Akira, tu étais très intéressé par son discours rapprochant les variantes du bmx en une seule et même discipline résumé dans cette phrase: "Toutes les choses que l'on peut faire sur un vélo". Tu représentes cette idée en pratiquant (ayant pratiqué) le street et le flat, et en ayant même crée des pièces polyvalentes. Comment vois-tu ces mondes qui ne se mélangent pas toujours aussi bien que ton expérience pourrait le laisser penser?
Je viens d'une époque lointaine où la seule distinction des pratiques se résumait à "race" et "freestyle". J'ai aussi vécu toutes les évolutions, et notamment le processus de spécialisation qui a lentement mais sûrement envahit le bmx. C'était inévitable, rien de plus naturel que de vouloir approfondir une pratique plus qu'une autre. Je comprends donc qu'un rider ne pratique qu'une seule discipline parce qu'en y réfléchissant, choisir entre le flatland et le street c'est quasiment faire un choix entre deux sports différents. Sauf qu'un rider peut très bien voir les choses à sa manière et ne pas percevoir tant de différence que ça d'où ce que dit Akira, et je comprends aussi très bien ce point de vue, que je trouve d'ailleurs subversif et très sain dans ce monde où les gens catégorisent les uns et les autres de plus en plus et de plus en plus vite.
 
Il y a une chose que je me suis toujours dite, c'est que mon vélo de flat, quel qu'il soit, doit me permettre de faire aussi des bunny-hops. Il m'est arrivé de rouler avec des cadres trop courts pour moi et je ne me sentais pas à l'aise en bunny, et je trouvais que ce n'était pas naturel de devoir se méfier de ce trick essentiel... Imagine une board de skate qui ne te permette pas de faire un ollie normalement, il y a un problème quelque part non?
Sinon comment je vois ces deux mondes? Pour être franc je les vois de loin donc je ne peux pas vraiment en parler sinon que le niveau et la créativité de certains flatlanders ou certains streeters m'impressionnent beaucoup. En tout cas ce que je vois du street me plaît beaucoup en général, on sent une maturité du riding et je trouve que le flot a beaucoup apporté au niveau visuel. L'évolution du riding fakie est aussi bien classe lorsque les gars le font avec vitesse. J'adorais rouler en fakie, je suis content de voir que les gens ont fini par s'y intéresser. Au-delà, pour comprendre mon point de vue un peu "en retrait", il faut imaginer que je ressens un sentiment d'urgence certainement lié au fait que je n'ai plus 20 ans et qu'avec l'âge j'ai pris conscience que mon riding aura une fin et hélas, sans doute avant de ne plus avoir d'idées en matière de mouvement. Je vis donc avec l'utopie de vouloir combler le décalage entre ce que je veux faire de mon riding et ce que j'aurai le temps de faire au final. Le temps m'est compté et je vois donc le monde du flat avec un peu de recul, notamment par rapport aux divers événements. C'est dans ma nature, je ne me sens jamais aussi bien que lorsque je suis focalisé sur le practice...à moins de pouvoir simplement sessionner avec quelques amis un spot merveilleux comme certains que je connais au Japon ou simplement ici en France...ça fait aussi partie du "voyage".
 
Penses-tu que l'évolution du matériel ait joué un rôle dans l'évolution du riding (de ton riding), et dans quelle proportion?
Finalement, il y a toujours une idée au départ d'une évolution ou d'une création. Lorsque le bmx est né, le vélo de bmx lui-même n'existait pas. En revanche l'idée était là: s'inspirer du motocross, faire des sauts, des dérapages dans des virages relevés faits maison, tout cela est montré dans Joe Kid On A Sting Ray... Aujourd'hui c'est toujours le même principe et les évolutions viennent toujours d'abord des idées, à la différence près que 40 ans plus tard, le rythme du va et vient entre les idées et la pratique s'est considérablement accéléré. L'industrie réagit peut-être plus rapidement et avec plus de possibilités techniques ce qui fait qu'une nouvelle pièce peut-être testée peu après sa conception. Pour te répondre par rapport au riding, je crois que c'est la même chose: l'idée vient d'abord du rider et un nouveau mouvement pourra être appris sans que le matériel n'évolue spécialement à ce moment-là. Par exemple j'ai appris bon nombre de tricks sans me soucier du poids de mon vélo. En revanche, lorsque j'ai commencé à essayer du matériel plus léger, mon riding a effectivement évolué, j'avais plus de contrôle sur ce que je faisais déjà et j'arrivais aussi à créer à travers ces mêmes tricks de l'énergie ou à en transférer là où je ne le pouvais pas avant. Certaines évolutions techniques peuvent donc aussi stimuler notre imagination. Imagine quelqu'un qui bouge librement, un danseur par exemple... Imagine maintenant que ce type bouge aussi librement sur un vélo qui en même temps amplifie chacun de ses gestes-puisque c'est un vélo et qu'un vélo a deux roues et un guidon. Pour moi, le vélo idéal doit se faire oublier juste ce qu'il faut (c'est-à-dire qu'il revient à chaque rider de déterminer à quel moment son vélo est trop léger) pour que le rider puisse se focaliser uniquement sur cette amplification du mouvement. À chacun d'identifier son vélo idéal, or aujourd'hui l'offre est suffisamment vaste pour que tout rider puisse s'en approcher par ses choix de matériel. Donc oui, l'évolution du matériel est liée à l'évolution du riding et vice versa. Dans quelle proportion, c'est difficile à dire mais ce que je crois en tout cas c'est qu'au final, le matériel reste secondaire. Ça peut aider certes, mais ce n'est pas l'instrument qui fait le musicien.
 
Ces temps-ci, on voit beaucoup de riders pratiquer le même genre de riding, le flat ne va-t-il pas vers une uniformisation des tendances? En opposition qui sont les riders qui tendent à se démarquer selon toi?
Comme toute sous-culture, dans le sens culture "underground", qui prétend à l'originalité par son essence même, en grattant un peu on s'aperçoit que le flatand reproduit à son échelle des comportements venus de la société de masse. À chacun de voir s'il est plus à l'aise en suivant les traces existantes ou en s'en écartant. Je ne suis pas inquiet car je ne suis pas surpris, n'ayant jamais cru que le flat puisse s'affranchir du monde dans lequel il existe. Il fonctionne exactement pareil et le flatland peut être aussi génial qu'apathique si l'on parle de créativité. Bien sûr je peux trouver dommage que beaucoup de riders roulent plus ou moins pareil mais je peux aussi trouver dommage que tant de groupes de rock sonnent pareil. Pour moi c'est la même chose et c'est inévitable surtout lorsque les effectifs augmentent avec de nouvelles générations de riders (ou de musiciens!), c'est lié au positionnement des gens dans ce qu'ils font, s'ils ont un certain recul par rapport à çà ou s'ils n'en ont que peu voire pas du tout. Et dans l'essence même du flat pour moi, il y a d'abord la liberté d'en faire ce qu'on veut ce qui inclut également la liberté de ne rien en faire de spécial...
Des riders qui se démarquent? Je peux citer tout de suite deux riders qui tracent incontestablement leur propre route: Takaaki Fukuda et bien sûr Akira. Tous deux arrivent à créer du riding surprenant à tous les niveaux. Mais je crois qu'il existe plein de façons de dépasser la tendance et je crois simplement que certains riders, plus que d'autres, sont plus susceptibles d'inspirer les tendances de demain. Je veux dire que d'autres riders se démarquent par leur riding mais que cela saute moins aux yeux car ils sont peut-être plus copiés que d'autres par les riders de niveau "expert". Un Takaaki Fukuda est bien moins copié qu'un Alex Jumelin et pourtant, ce sont pour moi deux riders qui ont l'un et l'autre une réflexion tout aussi créative sur leur riding, chacun dans leur propre voie.
 
Alexis et le Japon:
A quelle occasion as-tu découverts le Japon? Quels ont été tes premières impressions?
J'ai découvert le Japon à l'automne 1998 par le biais de Sunn et surtout de JYKK Japan qui distribuait cette marque française pour laquelle je roulais. Ce fut une vraie chance pour moi de partir au Japon pour la première tournée JYKK, Sunn m'appelle un mois avant en me disant qu'on aurait besoin de moi pour trois semaines, j'ai réfléchi une demi-seconde...allez zou!
Mes premières impressions? Un fort dépaysement, une étrange sensation de vivre une nouvelle vie au contact de nouvelles odeurs, de nouveaux sons (une langue que je n'avais jamais écoutée), une grande excitation de découvrir une terre que je ne connaissais qu'à travers les médias occidentaux et mon livre de géographie de terminale, pour ainsi dire peu et souvent à travers des clichés. J'ai découvert une culture très différente de la mienne. J'ai tout de suite senti que je pouvais apprendre sur moi-même et le monde d'où je venais en essayant d'être ouvert. Je n'aime pas parler de "choc culturel" car cela supposerait que ma culture d'origine s'oppose à la culture nipponne ou d'ailleurs à toute autre culture. J'avais juste envie de prendre l'altérité comme une chance de faire évoluer mon regard sur l'Occident tout en laissant mon esprit s'enrichir-sans idéalisation naïve-de ce que la culture japonaise pouvait m'apporter comme manières de vivre et même comme valeurs.

Quel regard portes-tu sur la scène japonaise d'aujourd'hui? Es-tu impatient de rencontrer de nouveaux riders de cette scène?
Un regard hélas peut-être un peu plus éloigné qu'avant car j'ai passé peu de temps au Japon ces trois dernières années. J'ai l'impression que la scène a encore évolué à une vitesse folle en trois ans. Effectivement j'ai hâte de revenir, de revoir d'abord pas mal d'amis rencontrés au fil des ans et des tournées JYKK et bien sûr découvrir de nouvelles têtes.

La prochaine fois que tu viens au Japon, que voudrais tu y faire de particulier? Ou souhaites-tu rouler? Le musée d'Okasaki je crois...
Je commence à avoir une idée bien précise de ce que j'aimerais faire lors de mon prochain voyage... Ce serait Osaka et ses alentours ! J'aimerais aussi retourner à Kobe, rouler au Meriken park et j'ai aussi un copain qui y tient un magasin de disques punk/HC assez incroyable... Quant au spot du musée d'Okasaki, c'est un endroit magique, un sol parfait et je ne peux qu'espérer y retourner! Sinon, je ne connais pas du tout le Nord et notamment Hokkaido, ça me plairait d'y monter un jour...tout comme descendre à Okinawa!
 
En dehors du vélo:
On voit beaucoup de riders rouler en écoutant de la musique mais il y a moins de riders qui sont aussi des acteurs de ce domaine. Je crois savoir que tu joues de la musique; Qu'est-ce que cela représente pour toi?
C'est quelque chose que j'ai toujours voulu faire depuis tout jeune, lorsque j'avais 8 ou 9 ans je "jouais" de la guitare dans ma chambre avec une raquette de tennis en écoutant The Cure ou AC/DC à fond dans le walkman... Imagine la scène! Aujourd'hui c'est un besoin comme le riding en est un. C'est parfois assez proche dans l'esprit lorsque j'essaye d'imaginer un riff de guitare ou même un morceau entier, comme je peux imaginer du mouvement à vélo. En revanche, ce ne sont pas du tout les mêmes sensations, notamment en concert, c'est donc complémentaire. Je sais en revanche que si pour une raison ou pour une autre je ne pouvais plus rouler, il me resterait la musique.

Quel(s) genres de musiques aimes-tu? Est-ce que ta rencontre avec le japon t'as fait découvrir une/ des scène(s) musicale(s) japonaise(s)?
Je suis guitariste et à la base j'ai toujours aimé cet instrument, les différents sons qu'une guitare peut avoir donc ça a toujours orienté mes goûts musicaux. J'ai grandi en écoutant beaucoup de rock, punk, metal puis tout ce qui a suivi, les différentes vagues du punk-hardcore DIY sachant que celle des années 90 est celle qui m'a le plus marqué : Lincoln, Hoover, Iconoclast, Heroin, Policy of Three, Groundwork etc. La scène de Bremen (Allemagne) avec Acme, Carol et Systral, les Français de Finger Print et un peu plus tard Ananda... Il pleuvait des groupes mythiques aux U.S. et en Europe vers 1993-94. J'ai aussi écouté un peu de thrash et de death metal, je reste un gros fan d'Entombed. Dernièrement les disques qui tournent beaucoup sont: Gadget "The Funeral march" (du grindcore suédois furieux très, très motivant!), pas mal de black métal avec Leviathan et Lurker of Chalice (des ambiances ahurissantes de beauté), en death metal le dernier Hate Eternal est fou, du crust avec Martyrdöd, du rock indie avec The Life and Times et de la folk/country mais aux ambiances "arides" avec Jesse Sykes... Et toujours Sunn)))o, un groupe de métal expérimental dont la musique repose sur des "murs" de guitare dans les basses fréquences qui créent des ambiances écrasantes et très intenses... Cela m'inspire beaucoup pour le riding. Bon je te cache pas que j'ai un penchant pour les musiques obscures, brutales ou carrément ambiantes, mais sans concessions artistiques. Ce sont les seules musiques qui m'aident à supporter la folie du monde actuel. J'en retire énormément d'énergie. La plupart des musiques dites "joyeuses" me foutent le cafard, ha ha!
Et côté scène japonaise... J'adore Envy depuis leurs débuts HC, j'ai rarement écouté musique plus passionnée, notamment en live, ce groupe c'est la beauté! Et puis la scène punk/crust japonaise reste incroyable avec Framtid, Bastard, etc. J'ai vu peu de concerts au Japon, par contre j'ai passé des heures à parcourir les bacs des petits disquaires indépendants! Un vrai régal. Je ne demande qu'à découvrir la scène davantage.
 
Comment fait-on pour rouler avec le travail, la musique, et une famille sans parler de ton second enfant? Combien d'heures de sommeil en moyenne?
Alors le temps que j'ai mis à répondre à cette interview te donne déjà une partie de la réponse: le temps passe vite ici! Entre-temps le deuxième enfant est arrivé... Je suis dans le rythme! Je crois que ma vie n'est pas différente de celle de millions de gens qui se lèvent tous les jours pour emmener leurs enfants à l'école et aller bosser, à cela près que mon bureau est une grande aire d'asphalte au bord d'une voie ferrée et que j'y suis souvent seul. J'ai fait un choix très clair par rapport au riding il y a un peu plus de dix ans maintenant. Donc en général, je travaille sur le mag (Soul) en fonction du riding et non l'inverse car je bosse à la maison et je peux m'organiser entièrement pour rouler et passer un minimum de temps en famille. En musique, je répète un soir par semaine donc ça reste gérable. Quant aux heures de sommeil, j'ai un peu tiré sur la corde depuis la naissance de mon premier enfant et je commence à faire un peu plus attention, j'ai besoin de beaucoup d'énergie pour rouler tous les jours et je ressens vite un éventuel manque de sommeil. En ce moment je réussis à me coucher avant 1h donc je tiens le bon bout ! Donc disons 6-7 heures de sommeil, du point de vue japonais je crois que c'est pas mal non ? Haha ! Non sans rire, je vais sûrement pas me plaindre car j'ai toujours rêvé de cette vie-là.

À bientôt au Japon !

Propos recueillis par Laurent Dusserre pour le site japonais www.magicfruits.jp

Photos : Vincent Boisgard et www.carhartt-streetwear.com
 
Les autres interviews d'Alexis :
http://bmx.agoride.com/bmx/interviews/lessence_par_alexis_desolneux
http://bmx.agoride.com/bmx/interviews/alexis_desolneux
http://bmx.agoride.com/bmx/focus/alexis_desolneux





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crepeman3 le 23/09/2008 à 09h12
le copiage de figure a toujours éxisté ce qui n'a pas empéché certains d'inventer des figures.on a une catégorie d'inventeur et une autre de copieur.pour ma part, je roule odl school et si je crée une figure dans ma routine elle passera inaperçue vu mon style de riding
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